mardi 18 décembre 2012

Énergie : le charbon bientôt plus utilisé que le pétrole


Australia Chinas Reach Mining Farmland
Une mine de charbon en Australie. Crédit Photo : Rob Griffith/AP
Tiré par la demande de la Chine et de l’Inde, le charbon, symbole du XIXe siècle industriel, deviendra d’ici à 2017 la première source d’énergie dans le monde.
À l’heure où l’Europe se fixe des objectifs pour développer davantage les énergies décarbonées, où progressent à grande échelle l’éolien et le solaire, la principale source d’énergie mondiale sera bientôt le charbon, l’énergie du XIXe siècle, et le plus polluant des combustible fossiles. Au cours de la première décennie du XXIe siècle, c’est en effet le charbon qui a satisfait la moitié des nouveaux besoins énergétiques, indique un rapport publié mardi par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
La part du charbon dans le bouquet énergétique n’a cessé de croître ces dernières années et d’ici à 2017, elle devrait pratiquement égaler celle du pétrole, énergie reine du XXe siècle. Selon l’AIE, le monde consommera d’ici cinq ans 4,32 milliards de tonnes équivalent pétrole de charbon contre 4,85 milliards pour l’or noir. La demande devrait progresser dans toutes les régions du monde à l’exception des États-Unis où le gaz de schiste, abondant, bon marché et moins polluant, se substitue au charbon pour la production électrique.
Ce sont, sans surprise, la Chine et l’Inde qui mènent la danse. Leur appétit énergétique tire la demande mondiale de charbon. Au point que la consommation supplémentaire annuelle, en 2017, de 1,2 milliard de tonnes de charbon, équivaut à la consommation des États-Unis et de la Russie cumulées.

L’Europe consomme plus de charbon

L’Europe elle-même, a augmenté récemment sa consommation de charbon, moins cher que le gaz. L’Allemagne qui a fermé ses centrales nucléaires a massivement recours pour l’heure à cette énergie du XIXe siècle pour alimenter ses centrales électriques. L’AIE prévoit toutefois que la demande européenne de houille et de lignite devrait de nouveau reculer d’ici à 2017.
Maria van der Hoeven, la directrice générale de l’AIE ne se réjouit pas de ce constat. «Malgré les efforts des industriels de promouvoir un charbon “propre”, la “matière noire” reste le plus sale des combustibles fossiles. Une centrale à charbon émet en moyenne une tonne de CO2 par mégawattheure produit, soit le double d’une centrale gaz à cycle combiné», poursuit-elle dans un commentaire publié avec le rapport.
Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion de charbon, la technique de capture et le stockage de CO2 (CCS, selon l’acronyme anglais) évoquée pour le haut-fourneau ArcelorMittal de Florange, n’est pas mûre, constate l’AIE. Maria van der Hoeven plaide pour la mise en place d’un prix élevé du carbone, comme arme dissuasive contre le déploiement des centrales les plus polluantes.
À plus court terme, elle prend clairement parti pour le développement de l’exploitation du gaz. «L’expérience américaine suggère qu’un marché du gaz plus souple, alimenté par des ressources nationales de gaz non conventionnels, extraits dans le respect des normes environnementales, permet de réduire l’usage du charbon, les rejets de CO2 et la facture du consommateur sans entamer la sécurité d’approvisionnement». Et la patronne de l’AIE de conclure: «L’Inde et la Chine devraient en prendre note».